Une famille syrienne près d’azaz, à la frontière entre la Syrie et la Turquie. (Maysun / European Pressphoto Agency / October 7, 2012)
Lorsqu’il s’agit d’obtenir des informations sur les conflits internationaux, on se trouve très vite perdus dans la masse d’informations. Parce qu’on n’est pas préparés. Parler du conflit Syrien, c’est aborder une révolution poussée par une division très forte dans le pays, une division séparant principalement les sunnites des alaouites.
Et c’est à ce moment qu’on se rend compte qu’on ne comprend rien : qui sont-ils ? Un petit historique s’impose.
Après de nombreux conflits religieux, les alaouites (un courant particulier de l’Islam) occupent les montagnes situées au nord-ouest de la Syrie actuelle, à l’époque partie de l’Empire Ottoman. Confiée à la France lors de l’effondrement de cet Empire Ottoman en 1920, la politique française consistera à tenter de minimiser l’influence sunnite (la branche majoritaire de l’Islam) dans la région, et plusieurs tentatives viseront à permettre à une autonomie alaouite de se constituer. Mais en 1946, date de la fin du mandat de la France dans cette région, le nouvel état qu’est la Syrie absorbe cette région, créant les prémices du conflit que nous connaissons, avec par exemple la pendaison en place publique de Suleïman Murchid, le chef charismatique des Alaouites.
Devenus encore une fois une minorité brimée (à la manière des protestants français à l’époque) les alaouites vont voir dans l’armée syrienne un outil de promotion sociale, ce qui mènera en 1966 au coup d’état de Hafez el-Assad, père de l’actuel président Bachar el-Assad.
Ainsi, nous nous trouvons bel et bien en présence d’un conflit religieux, non simplement d’un peuple en désaccord avec la politique d’un président que les médias ont tendance à transformer en dictateur. Rappelons que Hugo Chavez, président élu avec 56% des voix en 1998, soutient Damas et son président, tout comme la Russie et l’Iran, ce qui rend le conflit loin d’être évident à analyser et à traiter.
Ainsi la question qui se pose est : qui soutenir ? Les alaouites, cette minorité longtemps brimée, minoritaire dans le pays et pourtant au pouvoir, ou bien les sunnites, majoritaires et longtemps oppresseurs ? La question semble moins simple. Essayons d’y voir plus clair.
Comme souvent, il convient d’éviter d’associer le meneur d’un mouvement supposé représenter une certaine catégorie de la population à cette même population. Le procédé est connu, usé : les dictateurs aiment se draper dans l’habit du défenseur des opprimés afin de faire accepter les violences qu’ils commettent au nom de l’indignation et du mauvais traitement que “leur peuple” a subit. L’histoire regorge de tels individus.
Pour autant, il s’agit de ne pas ignorer une autre réalité dans la région, à savoir que les tensions religieuses y sont nombreuses, l’extremisme très fort et que la majorité sunnite a une longue histoire d’abus derrière elle. La politique de l’ONU et de la France, jusqu’à présent, a été de tenter de forcer le gouvernement à cesser ses attaques à but répressif contre la résistance. Et il semble que seule cette solution soit possible : l’appaisement. Pourquoi ?
En Syrie, les populations, quelle qu’elles soient, souffrent du conflit. Les destructions matérielles sont difficilement imaginables. Les produits alimentaires dans certaines régions ont vu leur prix doubler depuis le début du conflit il y a 19 mois. Des centaines de milliers de Syriens ont fui le pays vers les états voisins pour l’immense majorité d’entre eux, vers l’Europe pour un nombre bien plus réduit.
Malgré l’appel du médiateur international Lakhdar Brahimi, demandant une trêve durant la fête musulmane d’Al-Adha qui a lieu fin octobre, ni le gouvernement ni les rebelles n’ont répondu pour indiquer être favorable à une telle initiative.
Les populations qui n’ont pas fui le pays et tentent de se maintenir à l’écart du conflit vivent dans la misère. Certaines localités, comme Atma, ont vu leur population tripler et les environs se couvrir de tentes de réfugiés, hommes femmes et enfants fuyant un conflit qui a déjà fait plus de 30 000 victimes selon une ONG syrienne, et provoqué l’exil de plus de 500 000 syriens selon l’ONU.
Qui plus est, en s’aggravant, le conflit menace de mener la Syrie dans un conflit international. En effet, les relations de Damas avec la Turquie ne font que se dégrader. Un avion à destination de Damas et venant de Moscou a en effet fait l’objet d’un arrêt par les autorités turques qui soupçonnaient sa cargaison de contenir des armes. L’avion a pu redécoller, au prix de la fermeture de l’espace aérien turc aux avions en provenance ou à destination de la Syrie.”Nous sommes déterminés à contrôler les transferts d’armement vers un régime qui commet de tels massacres parmi les civils. Il est inacceptable qu’un tel trafic passe par notre espace aérien“, a annoncé le ministre des Affaires étrangères turc.
De plus, la Turquie a renforcé sa présence militaire le long des 900 kilomètres de la frontière syrienne, et a déclaré à plusieurs reprises, et notamment après que des projectiles de mortiers aient atterri sur son territoire, qu’Ankara (la capitale de la turquie) ne reculerait pas devant un conflit s’il s’avérait qu’il devînt inévitable. Après des frappes dissuasives contre la Syrie, le premier ministre a prévenu que ”La République turque est un Etat qui est capable de protéger ses citoyens et ses frontières. Que personne ne s’avise de mettre [sa] détermination à l’épreuve sur ce point“.
Les sanctions de l’Organisation des Nations Unies continuent de s’abattre sur le régime syrien qui refuse de cesser d’utiliser l’armée contre sa population. Et malgré ses propos tenus devant ses partisans dans les rues de Damas le 11 janvier, affirmant qu’”Ils (les rebelles) ont voulu faire de cette terre d’amour, de paix, et de concorde, une terre de destruction, de meurtres et de chaos” il est important de garder à l’esprit que Bachar el-Assad avait également confié à Barbara Walters, le 7 décembre 2011, pour ABC News : “Nous n’avons jamais dit que nous étions un pays démocratique.”
Sources :
http://www.latimes.com
http://www.lemonde.fr
http://www.guardian.co.uk
http://www.lepoint.fr
http://www.rue89.com
http://www.cosmovisions.com (imago mundi)
http://www.actu.orange.fr


